Data broker : c'est quoi et comment supprimer ses données

Un data broker (courtier en données) collecte en masse des informations personnelles, les recoupe, puis les revend. En France, vous pouvez en demander la suppression grâce au droit à l'effacement (article 17 du RGPD). Voici comment procéder vous-même, et quand un service automatisé peut faire gagner du temps.

Data broker : définition

Les courtiers en données sont des sociétés qui collectent de grandes quantités d'informations personnelles (coordonnées, habitudes, centres d'intérêt) et les revendent à des fins essentiellement commerciales. Ce marché reste largement invisible pour les personnes concernées.

Comment ils collectent vos données

Les sources sont multiples : formulaires en ligne, registres publics, annuaires, réseaux sociaux, achats de bases auprès d'autres acteurs. Les données sont ensuite agrégées pour constituer des profils, utilisés notamment pour la prospection commerciale ciblée.

Qui est responsable dans la chaîne des données ?

Le mot « courtier » décrit une activité économique, pas un rôle juridique unique. Le responsable de traitement détermine les finalités et les moyens du traitement. Le sous-traitant traite des données pour son compte et selon ses instructions. Un destinataire reçoit les données. Selon son activité réelle, un courtier peut être responsable de traitement, sous-traitant ou destinataire, et sa qualification peut changer d'une opération à l'autre.

La qualification ne dépend pas du nom donné dans un contrat. La CNIL recommande de regarder qui décide pourquoi les données sont utilisées, quelles données sont nécessaires, combien de temps elles sont conservées et à qui elles sont transmises. Lorsqu'un prestataire agit comme sous-traitant, la relation doit notamment être encadrée conformément à l'article 28 du RGPD.

Ce qu'illustre la sanction Solocal Marketing Services

Dans sa décision publiée le 15 mai 2025, la CNIL a sanctionné Solocal Marketing Services à hauteur de 900 000 euros. Elle a notamment relevé des formulaires trompeurs et des consentements non valides. L'article 7 du RGPD impose de pouvoir démontrer le consentement lorsqu'il constitue la base légale du traitement. La décision montre aussi qu'un acteur qui reçoit puis réutilise des données ne peut pas se contenter d'une assurance générale du fournisseur : il doit vérifier que la collecte permet effectivement l'usage envisagé.

Après avoir constaté qu'un partenaire ne pouvait pas fournir la preuve du consentement, la société a attendu près de 17 mois avant de cesser d'utiliser les données transmises par ce partenaire. Ce cas concerne une société et des faits précis. Il ne permet pas de conclure que tous les courtiers fonctionnent de la même manière.

Références : décision Solocal publiée par la CNIL, qualification responsable ou sous-traitant, gestion de la sous-traitance et texte du RGPD.

Vos droits (RGPD)

Le RGPD vous reconnaît notamment des droits d'accès, d'opposition et, dans les conditions de l'article 17, d'effacement. L'effacement n'est pas absolu : une obligation légale, l'exercice de la liberté d'expression, un motif d'intérêt public ou la défense de droits en justice peuvent justifier la conservation de certaines données. Il faut donc identifier le traitement, le responsable et la base légale avant de choisir le droit le plus pertinent.

Ce que montre l'action européenne coordonnée sur l'effacement

Le Comité européen de la protection des données (EDPB) a publié le 10 février 2026 le bilan de son action coordonnée 2025 sur le droit à l'effacement. Trente-deux autorités de contrôle ont interrogé 764 responsables de traitement et évalué la conformité globale comme « moyenne ». Les difficultés récurrentes concernaient notamment les procédures internes, la formation, l'information des personnes, l'application des exceptions, les durées de conservation, les sauvegardes et l'anonymisation.

Cette enquête porte sur des organismes de secteurs variés, pas uniquement sur les courtiers en données. Elle ne mesure donc ni le taux de réponse des data brokers ni vos chances individuelles d'obtenir un effacement. Elle fournit en revanche une liste de points à contrôler lorsque la réponse est incomplète, par exemple la suppression dans les sauvegardes ou la justification d'une exception. Source : EDPB, rapport CEF 2025 sur le droit à l'effacement.

Les courtiers et annuaires concernés

Plusieurs courtiers en données et annuaires sont cités par des sources publiques. Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle donne des points de départ pour vérifier si vos informations y figurent.

  • En France : Solocal Marketing Services (courtier intermédiaire, sanctionné par la CNIL le 15 mai 2025, voir ci-dessous) et l'annuaire PagesJaunes.
  • À l'international : Spokeo, Whitepages, BeenVerified, Intelius (essentiellement centrés sur les données de résidents américains).

Comment se désinscrire, opérateur par opérateur

Il n'existe pas de formulaire unique. La méthode générale reste la même quel que soit l'opérateur :

  1. Recherchez votre nom chez l'opérateur concerné.
  2. Utilisez son formulaire de désinscription ou sa page « vie privée », ou contactez-le en invoquant le droit à l'effacement (article 17) et le droit d'opposition (article 21) du RGPD.
  3. Conservez une preuve (capture d'écran, accusé de réception).
  4. En l'absence de réponse sous 1 mois, saisissez la CNIL.

La liste vérifiée des points de sortie, lien par lien

Chaque lien ci-dessous a été ouvert et vérifié par nos soins le 10 juin 2026. C'est la partie la plus utile de cette page : les vrais formulaires et procédures, classés par situation. La liste s'enrichit au fil de nos vérifications.

Annuaires téléphoniques (Pages Blanches, 118712, 118 000...)

Point clé : ces annuaires reçoivent vos coordonnées de votre opérateur téléphonique. La sortie durable passe donc par l'opérateur, pas par chaque annuaire.

  • Liste rouge (la méthode de fond) : inscription gratuite auprès de votre opérateur (espace client). Pour le fixe, les coordonnées sont publiées par défaut ; pour le mobile, elles ne le sont que sur demande expresse. Référence : la fiche CNIL dédiée.
  • 118712 (Orange) : après inscription en liste rouge, la fiche est supprimée sous 48 h à réception de l'information transmise par l'opérateur (le délai global peut prendre plusieurs jours à plusieurs semaines). Une procédure d'urgence existe en cas de violence ou harcèlement. Détail : la FAQ suppression du 118712.
  • Pages Jaunes / Pages Blanches : notre guide pas à pas : se désinscrire des Pages Jaunes.

Entrepreneurs et dirigeants : votre adresse sur societe.com, Pappers et consorts

Ces sites republient les registres officiels (SIRENE, RCS). Demander la suppression site par site est inefficace : il faut couper la diffusion à la source.

  • Entrepreneur individuel : demandez la non-diffusion de vos données SIRENE sur le téléservice de l'INSEE (FranceConnect, environ 5 minutes, article R123-232-1 du code de commerce). Les sites qui réutilisent la base doivent répercuter le changement : societe.com indique par exemple le faire au plus tard 72 h après la suppression côté INSEE.
  • Dirigeant de société : depuis le décret n° 2025-840 du 22 août 2025, vous pouvez demander la confidentialité de votre domicile personnel au RCS (et sur le Kbis) via le guichet des formalités des entreprises ; le greffier traite la demande sous 5 jours francs ouvrables. Référence : la fiche Service-Public Entreprendre.
  • Societe.com : pour les données affichées sur le site lui-même, le DPO est joignable ([email protected]) et les demandes RGPD passent par ses formulaires de contact. Gardez en tête que la source reste la base publique : traitez d'abord l'INSEE ou le RCS.

Courtiers B2B : votre email et votre téléphone pro en vente

Si vous recevez de la prospection sur votre adresse professionnelle, votre profil figure probablement chez un courtier B2B. Les cinq ci-dessous ont un formulaire de retrait fonctionnel :

Et contre le démarchage téléphonique : Bloctel

Bloctel est le service public gratuit d'opposition au démarchage téléphonique (jusqu'à 10 numéros personnels par compte). Il ne supprime pas vos données chez les courtiers, mais interdit aux professionnels de vous démarcher : c'est complémentaire des demandes d'effacement.

Un lien ne fonctionne plus ?

Ces procédures évoluent. Si un lien est mort ou qu'une étape a changé, signalez-le nous : nous corrigeons et redatons la page.

Supprimer ses données, étape par étape

La démarche est gratuite. Elle demande de la méthode et un peu de suivi, car certaines données peuvent réapparaître.

  1. Identifier qui détient vos données

    Recherchez votre nom, votre email et votre numéro sur Google et sur les principaux annuaires et sites de recherche de personnes. Notez chaque site qui affiche vos informations.

  2. Trouver le formulaire d'opposition ou de suppression

    La plupart des courtiers proposent une page de désinscription ou un formulaire de droit à l'effacement. À défaut, écrivez au délégué à la protection des données (DPO) du site.

  3. Envoyer une demande d'effacement (article 17 du RGPD)

    Demandez par écrit l'effacement de vos données en invoquant l'article 17 du RGPD. Conservez une preuve de votre demande et la date d'envoi.

  4. Relancer puis saisir la CNIL si besoin

    Le responsable dispose en principe d'un mois pour répondre. Sans réponse ou en cas de refus injustifié, vous pouvez saisir la CNIL.

Passer par un service automatisé

Transparence : cette section mentionne un service commercial. À ce jour, aucun lien de cette page n'est affilié ; si cela change, ce sera signalé ici. Notre politique.

Faire le travail soi-même est possible mais chronophage. Des services payants automatisent l'envoi et la répétition des demandes à votre place. Incogni, par exemple, indique scanner les sites de recherche de personnes, envoyer des demandes de suppression aux courtiers couverts, recommencer régulièrement et fournir des rapports de suivi. Le service annonce couvrir les personnes situées dans l'Union européenne.

Pour savoir si cela vaut le coût dans votre cas, lisez notre analyse détaillée : Incogni avis.

Procédures associées

Pour aller plus loin, suivez nos guides pas à pas :

Questions fréquentes

Un data broker, est-ce légal en France ?

L'activité n'est pas interdite, mais elle est encadrée par le RGPD. La CNIL peut sanctionner les manquements : le 15 mai 2025, elle a infligé une amende de 900 000 euros à la société Solocal Marketing Services pour de la prospection commerciale à partir de données de courtage.

Combien de temps prend la suppression de mes données ?

Pour une demande individuelle fondée sur le droit à l'effacement, le responsable dispose en principe d'un mois pour répondre. En pratique, les délais varient selon les courtiers et certaines données peuvent réapparaître, ce qui impose un suivi.

Faut-il payer pour supprimer ses données ?

Exercer son droit à l'effacement est gratuit. Des services payants comme Incogni automatisent et répètent les demandes à votre place, ce qui fait gagner du temps mais a un coût.

Comment retirer mon adresse personnelle des sites type societe.com si je suis entrepreneur ?

Si vous êtes entrepreneur individuel, demandez la non-diffusion de vos données sur le site de l'INSEE (statut-diffusion-sirene.insee.fr, via FranceConnect) : les sites qui republient la base SIRENE doivent répercuter ce changement. Si vous êtes dirigeant de société, le décret n° 2025-840 du 22 août 2025 permet de demander la confidentialité de votre domicile personnel au RCS via le guichet des formalités des entreprises.

Comment sortir des annuaires téléphoniques (118712, Pages Blanches) ?

La suppression complète passe par l'inscription en liste rouge auprès de votre opérateur téléphonique : c'est gratuit et c'est lui qui transmet l'information aux éditeurs d'annuaires. Vous pouvez aussi demander la suppression à chaque annuaire individuellement au titre du RGPD.


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